Femmes tout au bord - Clarisse Gorokhoff
Femmes tout au bord de Clarisse Gorokhoff aux Editions Actes Sud | janvier 2026
Dans ce roman, nous découvrons plusieurs voix et certaines se répondent à travers un échange de lettres où amours fragiles et jeu de piste détournent les regards vers une mort choisie.
Faye - femme autour de la soixantaine, ancienne proviseure à Albuquerque (Nouveau-Mexique), atteinte d’une maladie sans appel - et Anouk, jeune femme détricotant les vérités afin d’écrire le livre-testament de la première. Il y a des hésitations face à la tristesse d’un mari, Jack – oncologue toujours en activité - des souvenirs de corps à corps avec Paul, le dernier élément indispensable, le fils aimant, l’amant perdu. Les événements s’enchaînent et nous découvrons que l’amour s’est conjugué autour d’une même femme nommée Dalhia, Wanda ou Liz. Parfois le chemin se fractionne face au désir, ainsi Faye qui quitte tout après plus de trente ans d’une vie rangée.
Quelles sont les réalités de ces personnages qui accompagnent un deuil ? Comment les questions trouveront-elles des réponses avec ces échanges épistolaires ? Ces deux femmes vont s’écrire pendant quatre mois et Faye reconnaîtra finalement que souffrir n’est plus une preuve de courage. Pourtant Anouk en interrogeant une personne en particulier, la mère de Paul, cherche à comprendre quelle est la meilleure manière de vivre sa fin de vie.
Comment faut-il préparer les autres à l’issue choisie ? Qui saura quoi faire quand tout le monde a peur de la fin ? Pourtant mourir ne devrait pas être une défaite mais la convocation du peu de dignité qui reste. Disparaître pour ne pas se trahir. Car au nom de quoi devrions-nous souffrir encore ?
C’est dans la tranquillité d’une « soukka » (vieux cabanon en bois), que les mots prennent sens, se dévoilent sans violence mais sans passion. Prendre soin de sa tristesse si elle offre de dire quelque chose. Faye murmurant dans un instant ultime : on ne guérit pas des histoires que l’on n’a pas su nommer.
Avant de rejoindre l’océan – comme elle l’a demandé - elle se souhaite un corps léger comme l’azur. Ses cendres iront au gré du vent se poser en un souffle apaisé.
✒️ Nadja Csomor

